LE LIBERALISME

Publié le par Phil

Sur le Libéralisme

Qu'est-ce que le libéralisme ?

 

  • Bien sûr, chaque mot peut avoir plusieurs sens, selon la personne qui l'emploie, et le contexte dans lequel elle l'emploie. Aussi, ne puis-je prétendre expliquer que ce que je veux dire personnellement en employant ce mot. Cependant, je suis persuadé que ce sens étant le seul pertinent dans lequel le mot peut être généralement employé, et étant celui accepté par les philosophes et économistes libéraux, on peut le considérer comme "le" sens du mot "libéralisme".
  • Le libéralisme n'est pas une doctrine économique ou politique, ni non plus une organisation partisane. C'est un mouvement intellectuel, tendant à étudier et affirmer les principes de liberté et de responsabilité qui peuvent s'exprimer à travers différents aspects du monde, et l'auto-régulation à laquelle ils mènent. Parmi les représentants les plus proéminent de ce mouvement (à titres divers), on peut citer des philosophes et économistes comme Boisguilbert, John Locke, Montesquieu, David Hume, François Quesnay, Anne Robert Jacques Turgot, Benjamin Franklin, Thomas Paine, Thomas Jefferson, Adam Smith, Jean-Baptiste Say, Alexis de Tocqueville, Charles Comte, Charles Dunoyer, Augustin Thierry, Frédéric Bastiat, Gustave de Molinari, John Stuart Mill, Hippolyte Taine, Ludwig von Mises, Friedrich A. Hayek, Ayn Rand, Leonard Read, Henry Hazlitt, Murray Rothbard, etc. Les plus récents ont bien sûr en général une pensée libérale plus cohérente et affinée que leurs prédécesseurs, précisément parce qu'ils s'appuient sur l'œuvre de ces prédécesseurs.
  • Il y a toujours "marché", c'est à dire lieu d'échanges potentiels. S'ils sont volontaires pour les deux parties, ces échanges ne se feront effectivement qu'en ce que tous les échangeurs y verront un bénéfice, sous une forme ou sous une autre, par rapport à l'absence d'échange ou à des échanges différents. La question est de savoir quelles sont les conditions de ce marché, si l'un ou l'autre s'y voit donné un avantage tel si d'aucuns, par la force, exigent des autres des sacrifices sans juste contrepartie, si certains échangeurs sont trompés dans leur évaluation des conditions de l'échange, si d'autres échangeurs les trompent, etc.
  • Dans un marché donné, le meilleur choix est le choix libre (de droit) et informé (de fait). Bien sûr, plus le marché offre de choix, meilleur peut être le meilleur choix (au sens ou si on rajoute des choix à un ensemble de choix existant, le meilleur choix sera au pire celui de l'ensemble original, et au mieux l'un des choix rajoutés); de plus, le mécanisme des prix est lui-même, dans un marché libre (de droit) un formidable moyen de créer l'information (de fait) - moyen absent dès lors que le marché n'est pas libre, et raison pour laquelle l'entrave à la liberté des échanges est doublement néfaste, et le dirigisme toujours mal informé. Les déséquilibres du marché (par exemple, les surtaxes, subventions, incitations et réglementations modifiant les choix possibles de façon cohérente en faveur d'une partie) sont comme des pompes, qui vont artificiellement irriguer certains endroits au détriment des autres, et qui se faisant consomment irrémédiablement leur part d'énergie. D'autres perturbations agissent comme des tourbillons, qui dissipent de l'énergie sans profiter grandement à quiconque.
  • La loi n'instaure pas le marché, qui préexiste; elle ne fait que l'encadrer par des règlements. Quand les règlements aident à rétablir l'équilibre qui est rompu quand d'aucuns utilisent la force pour s'arroger des droits iniques sur le marché, quand ils éliminent les perturbations en permettant une meilleure circulation de l'information, ils agissent bien - mais alors, il n'est nul besoin d'instaurer un tel règlement par la force publique, car à partir du moment où un tel standard est promulgué, le marché peut à moindre frais le faire respecter quand il est utile. Quand les règlements laissent se multiplier les perturbations, ou en introduisent, sous forme d'information partielle, altérée, impertinente, alors ils sont inefficaces ou nuisibles - et alors, l'instauration d'un tel règlement par la force publique est elle-même tout à fait nuisible. Quand les règlements aident à établir un déséquilibre, et prêtent force de loi aux prétentions des uns au détriment des autres, alors c'est le comble de l'iniquité, c'est l'iniquité artificielle et légale - l'instauration d'un tel règlement par la force publique n'est que la légalisation de la spoliation, le concours apporté au crime par le gouvernement. Toutes les lois instaurant des monopoles industriels ou institutionnels publics ou privés, instituant des subventions ou des taxations, créant des droits de propriété sur de l'intangible, empêchant par la censure ou le monopole la libre circulation de l'information, aboutissent à tromper le public en faveur des détenteurs de droits artificiels, ont pour effet une telle iniquité.
  • L'économie, la coopération entre êtres humains marchent précisément parce que dans l'échange, tous les contractants sont gagnants (en anglais, on dit que "trade is a win/win, not win/lose, operation"). Nombreux sont les philosophes et théologiens qui, en prétendant que l'échange, étant un jeu à somme nulle, avait toujours un perdant, en ont conclus que le commerce était forcément mauvais, que la guerre était un malheur nécessaire, ou d'autres horreurs du genre.
  • On prétend souvent que, dans l'échange, l'un ferait une moins bonne affaire que l'autre. C'est là un énoncé souvent plus délicat qu'on ne le pense; en effet, il suppose d'avoir une base de comparaison commune entre le bénéfice que l'un tire de l'échange, et le bénéfice de l'autre en tire, alors que ces bénéfices sont chacun soumis à la subjectivité d'une personne différente. Néanmoins, il est possible d'accorder quelque pertinence à un tel énoncé dans les cas où une activité rémunérée par un intermédiaire monétaire assurerait des bénéfices largement supérieurs à ceux généralement constatés dans les autres industries (ce qui suppose toutefois une position purement matérialiste et monétariste qui n'est une approximation décente que sur les mêmes marchés financiers qu'honnissent ceux qui en appellent à de tels modèles comme s'appliquant à tous les échanges). Un tel énoncé, quand il est avéré, suggère que l'entrepreneur menant cette activité possède quelqu'avantage sur ses clients ou fournisseurs qui ne soit pas statistiquement compensé par des avantages en sens contraire. Mais si le marché est libre, cet avantage ne saurait durer, car tant qu'avantage il y aura à une activité comparée à d'autres, des concurrents surgiront pour en profiter, jusqu'à ce que cet avantage disparaisse et que cette activité apporte des bénéfices au niveau de la moyenne des industries. Ainsi, dans un régime de liberté économique, un avantage ne saurait exister qu'initialement, avant l'apparition de concurrents - et cet avantage est la récompense de l'innovateur, de celui qui le premier a pris le risque de tenter une nouvelle formule, de celui qui le premier a inventé un nouveau produit ou service, un procédé de fabrication plus efficace, ou un meilleur moyen d'organiser son entreprise, bref de celui qui a apporté une information positive sur une bonne direction à suivre dans la marche du progrès. Cet avantage est donc l'encouragement même au progrès, et la libre concurrence éteint cet avantage avec le temps, le progrès retombant ainsi dans le domaine public, au bénéfice de tous, après que son auteur en ait été récompensé. Ainsi, dans un régime de liberté, nul avantage ne saurait subsister indûment, et c'est seulement par l'innovation continue, par les progrès répétés, par la création permanente, que quiconque pourra maintenir longtemps un bénéfice au-dessus de la moyenne. C'est ainsi que la liberté des échanges a une action civilisatrice au bénéfice de tous.
  • Il est cependant un moyen néfaste par lequel d'aucuns arrivent à maintenir de manière permanente un avantage sur les autres, et ce moyen est le privilège ou le monopole, qui, sous la menace de la force, oblige les clients ou fournisseurs à échanger à des conditions systématiquement désavantageuses, sans que de nouveaux concurrents puissent s'élever pour rétablir l'équilibre. Dans un tel cas, c'est précisément l'atteinte à la liberté des échanges qui crée un déséquilibre (en anglais, "bias") en faveur d'une partie: le marché n'est pas libre mais entravé par une loi, un règlement, une subvention, un statut particulier, un monopole, une corporation, une patente, un déni de justice, ou toute autre atteinte à la liberté économique. Le problème ne vient donc pas de la liberté du marché, mais précisément de l'absence ou de la partialité de cette liberté!
  • ..... Un des principes forts du libéralisme, c'est la responsabilité des acteurs en présence. Cette responsabilité est la face duale de la liberté, et c'est toujours conjointement que les deux agissent. Là où la liberté de l'un est restreinte, sa responsabilité est diminuée; là où la liberté de l'un est bafouée, la responsabilité du coupable a été négligée; là où la liberté est étendue, la responsabilité correspondante guidera l'individu libre vers les bonnes décisions, tandis que l'absence de responsabilité le rendra incapable. .....
  • On peut également unifier le libéralisme avec le darwinisme et la cybernétique: toutes sont des théories du hasard (ou de son complémentaire, l'information) et de la sélection par rétroaction .....
  • ..... Rôle de l'État: les lois et les impôts sont-ils des jouets aux mains d'un législateur tout-puissant, ou y a-t-il des limites naturelles au pouvoir de l'État? Dans le premier cas, alors, le travail des citoyens sera livré en patûre, à travers les impôts, à tous les groupes de pressions, à commencer par les plus forts, qui arriveront bien à convaincre qu'ils ont besoin d'une aide, d'une prime, d'un privilège, pour accomplir leur travail, nécessaire à la nation; et plus le législateur aura accordé de primes et de privilèges, plus de nouveaux groupes apparaîtront pour réclamer, eux aussi, leur part du gâteau, au détriment des autres; ils en auront d'autant plus besoin que leur part aura été grevée par les privilèges précédemment accordés, et le législateur pourra d'autant moins les refuser qu'il aura accepté auparavant. Bientôt, ce sera la spirale, prédite par Bastiat, de la spoliation généralisée de tous par tous, au bénéfice des plus malhonnêtes, et avec un effet désastreux sur la véritable création de richesse. Si par contre, on reconnaît à l'État des limites naturelles, que l'on peut circonscrire, et qui exclut a priori les privilèges, alors, certes, il y aura toujours des lobbies qui tenteront par des moyens détournés, et sous des prétextes oiseux, de s'arroger quelqu'avantage; mais au moins, leur tentative sera condamnée dès lors qu'elle aura été dénoncée comme telle, et ces lobbies reculeront tandis que les lumières progresseront parmi les citoyens. Reste à savoir s'il est besoin d'un État pour commencer. Le libéralisme se permet d'étudier la question, et sa conclusion dépend bien sûr de ce qu'on appelle précisément "État": si on entend par là une organisation volontaire de diverses affaires communes, y compris éventuellement l'usage de la force quand elle est légitime, alors les libéraux appellent de leurs vœux de telles organisations, libres; mais si on entend par là une organisation imposée à tous sur un certain territoire, qui y détiendrait le monopole de la force et s'en servirait pour s'assurer d'autres monopoles, alors les libéraux sont opposés à un tel État....
  • Libéralisme et progrès. Le progrès, s'il bénéficie globalement à la société, nuit à ceux qui s'attachent à des moyens de production obsolètes, parfois gravement au point de les ruiner. On réclame alors souvent à l'État qu'il compense la ruine des uns, en prélevant le profit des autres. Cependant, en ce faisant, l'État ne fait que favoriser l'imprévoyance... Action temporaire ou permanente... Et même ce "favoritisme", de façon permanente, il n'est que de briser les barrières qui vont freiner l'accès à l'information. L'un dans l'autre, l'État ne peut que rendre l'information moins fluide, et diminuer la liberté des uns et la responsabilité des autres.

    Le libéralisme ne s'oppose pas au progrès social; bien au contraire. S'il s'oppose au socialisme, c'est en ce que ce dernier demande à l'État ce progrès. Le libéral sait bien qu'il ne ressort de l'État que ce que la société y met, diminué de tout ce que l'État consomme à son propre fonctionnement, que toute richesse créée par l'État aura été dépensée en impôt, augmentée du prix du pesant appareil étatique et de l'inefficacité naissant de l'absence de concurrence; le libéral sait qu'en enseignant aux citoyens de tout attendre de l'État, on aboutit qu'à les déresponsabiliser, et partant, à liquéfier la société entière; qu'en faisant reposer la "solidarité" sur l'État, on détruit la solidarité chez les citoyens. Pour le libéral, le progrès social est l'affaire et la responsabilité de chaque citoyen. L'État peut tout au plus et doit tout au moins garantir à chaque citoyen les moyens légaux de s'exprimer, par l'existence et la disponibilité d'infrastructures publiques (voies de communications, lieux de rencontre et d'échange, etc); mais cette garantie n'implique aucunement une gestion directe, loin de là, et bien au contraire; et il n'y a strictement aucune raison d'accorder des privilèges supplémentaires (ou de demander des sacrifices extraordinaires) à ceux qui rendraient des services à la société, hormis leur juste rémunération.

  • Ce que le libéralisme n'est pas:
    • ce n'est pas une pratique économique donnée, mais un mouvement de pensée, qui, partant des résultats de la science et notamment de l'économie politique, prônent la liberté en toute chose, pour le bien-être spirituel et physique, la prospérité, qu'elle engendre, et dont elle assure la stabilité. Des pratiques données peuvent mettre plus ou moins en application certaines idées du libéralisme, de même qu'une technologie donnée met plus ou moins en application certaines idées de la science physique. Certaines pratiques ont des buts avoués contraires à leurs effets, tels que prédits par l'économie politique, et vérifiée chaque jour; ces pratiques sont en cela contraire à l'économie politique elle-même. Certaines pratiques délibérément mènent à l'oppression, ou sa conséquence indirecte, la ruine, et sont ainsi contraires au libéralisme.
    • Ce n'est pas une philosophie prônant l'égoïsme économique ("du fric, du fric, du fric!", m'a-t-on donné comme description du libéralisme). Notons d'abord que, dans un régime libéral, si quelqu'un demande "du fric, du fric, du fric", ce sont bien les ouvriers en grève, tout le "peuple de gauche", qui réclament subventions, hausse des salaires et actions étatiques! L'économie politique constate avec la science que l'homme est égoïste, et que cet égoïsme s'exprime sur le plan économique, et ce, quel que soit le régime économique en place. Les hommes sont aussi égoïstes sous un régime communiste ou féodal que dans une démocratie libérale; simplement, l'oppression économique et la misère dans laquelle vivent la plupart d'entre eux font que cet égoïsme s'exprime peu dans la sphère économique. Cette constatation de l'égoïsme ne s'accompagne pas en soi d'un quelconque jugement, ni positif, ni négatif. Cependant, toutes les sciences, l'histoire naturelle, la neurobiologie, la sociologie, l'ethnographie, la cybernétique, confirment que l'égoïsme est un élément déterminant permettant la survie et le développement individuel, à travers l'envie de satisfaire aussi bien que possible les besoins nécessaires à cette survie et ce développement. Il n'est donc de toute façon pas question de l'éliminer; il est un constituant essentiel de la personnalité humaine. Le libéralisme, partant de cette donnée, se demande donc comment mettre à profit ces égoïsmes, comment la société fait pour faire coopérer ces égoïsmes, plutôt que de les faire s'affronter les uns les autres. La condition première qui permet à ses égoïsmes de coopérer est de leur faire prendre conscience les uns des autres, et donc, de les laisser s'exprimer. C'est le principe de la liberté, liberté d'action, et donc d'expression, d'association, etc.

 

Mythe: A l'échange, l'un gagne forcément plus que l'autre.
Réalité: Il n'y a pas moyen de comparer les gains subjectifs de deux personnes.

La notion de gain est subjective. Ce qui est sûr, c'est qu'à l'échange, les deux échangistes gagnent. Mais comment comparer le plaisir subjectif de l'un au plaisir subjectif de l'autre?

Une théorie populaire avance que, par les miracles d'une "asymétrie d'information", celui qui est en position de vendeur (reçoit de l'argent) l'un tend à "gagner plus" que celui qui achète (donne de l'argent). Mais cet acheteur d'un instant ne fait-il pas de même quand il est lui-même en position de vendeur? Or, nul n'est acheteur qu'en tant qu'il a été vendeur auparavant; donc, ce qu'il n'aurait pas gagné "en plus" dans telle transaction, il l'aura nécessairement gagné "en plus" dans une autre. (Et oui, la vente de travail est une telle transaction.) Chacun gagne donc autant qu'il perd dans ces "asymétries", pour la simple raison qu'il existe une symétrie à un niveau supérieur. Au bilan, cette théorie ne mène à rien. Au contraire, l'asymétrie d'information est la condition nécessaire de la plus grande source de progrès dans la civilisation: la division du travail, la spécialisation. [...]

 

Mythe: Les profits sont injustes et immoraux.
Réalité: Les profits ne sont ni justes ni injustes; À action donnée, ils sont toujours signe de moralité.

La justice ne se soucie pas des résultats, mais seulement des moyens employés; elle ne saurait donc se prononcer sur les profits eux-mêmes, qui ne sont que les résultats d'une action. Quant à la morale, qui se soucie du bilan d'une action, elle juge que les profits sont toujours à mettre au crédit de l'action entreprise. Si l'action a porté préjudice à autrui, alors ce préjudice sera à charge de l'action entreprise, et devra être mis en balance -- mais le profit sera compté positivement, et devra servir à dédommager les victimes. Des profits réalisés avec des moyens justes, sans léser quiconque, sont évidemment hautement moraux.

 

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