Marx, le travail humain

Publié le par Phil

"Nous ne nous occupons pas ici des formes primitives du travail, qui relèvent encore de l'instinct animal. Lorsque le travailleur se présente sur le marché commme vendeur de sa propre force de travail, il a laissé derière lui un passé archaique l'époque où le travail humain n'avait pas encore dépouillé sa première forme instinctuelle. Nous supposons donc ici le travail sous une forme qui appartient exclusivement à l'homme. Une araignée accomplit des opérations qui ressemblent à celles du tisserand, et l'abeille en remontre à maint architecte humain dans la construction de ses cellules. Mais ce qui distingue dès l'abord le plus mauvais architecte de l'abeille la plus experte, c'est qu'il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. Le résultat auquel le travail aboutit était déjà au commencement dans l'imagination du travailleur, existait donc déjà en idée. Ce n'est pas qu'il opère seulement un changement de forme dans les matières naturelles ; il y réalise du même coup son propre but dont il a conscience, qui détermine comme loi son mode d'action, et auquel il doit subordonner sa volonté. Et cette subordination n'est pas un acte isolé et singulier. L'oeuvre exige pendant toute sa durée, outre l'effort des organes qui agissent, une attention soutenue, laquelle ne peut elle même résulter que d'une tension constante de la volonté. Elle l'exige d'autant plus que, par son objet et son mode d'exécution, le travail enthousiasme moins le travailleur, qu'il se fait moins sentir à lui, comme le libre jeu de ses propres forces corporelles et intellectuelles ; en un mot, qu'il est moins attrayant. »

Karl MARX, Le Capital, livre I, section 3, chapitre VII, I
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